Archives pour la catégorie LIVRE PHOTOS « VIKINGS ET PANTHERS »

J’ai rencontré « Les Vikings » sur un terrain vague de la Villette, dans le nord de Paris. C’était une bande de gamins qui avaient adoptée la mode des années cinquante, les « fifties ». C’était le dernier sursaut du Rock’ n’ roll avant la déferlante du rap.
De façon surprenante, Ils avaient une culture assez savante de cette époque.
Ils ont tout de suite compris ce que je faisais. Le noir et blanc, ils connaissaient.
« The Vickings » avaient été, dans les années cinquante, le premier groupe de rock’ n’roll qui comptait des noirs et des blancs.
Ils devinrent amis avec « Les Panthers », une autre bande composée surtout de jeunes Antillais. « Les Panthers » avaient formé leur bande après qu’on leur eût refusé l’entrée d’une boîte de nuit. Il était à présent difficile de leur en refuser l’entrée.
Rapidement « Les Vickings », comptèrent une centaine de membres, fréquentèrent les boîtes de nuit à la mode et imposèrent la loi dans certains quartiers de la ville.
Ils se mirent même à fréquenter des personnalités du monde du spectacle.
Je ne sais pourquoi, les deux bandes s’affrontèrent violemment, un soir, dans le quartier de Montmartre.
Nos relations commençaient à s’estomper. Il y avait de moins en moins de rendez-vous. On se taisait à mon approche. Les scènes de violence devinrent fréquentes. Une vingtaine d’années plus tard je réalisai un film sur d’aléatoires retrouvailles. Plusieurs étaient morts de façon violente. J’avais le sentiment d’une tragédie que le film essaya d’exprimer.
Sida, règlement de comptes, prison.
Alcool, drogue, errance.
Un champion du monde de boxe Thaï, un des meilleurs acteurs français, quelques trafiquants, un commerçant prospère, quelques paisibles pères de famille.
Des destins égarés dans les banlieues.
Un fugitif sur une île dans les Antilles.
D’autres me fuyaient.
Et d’autres encore qui s’accrochaient à des rêves en lambeaux.
Et moi, aussi… pas beaucoup mieux.

Il restait ce reportage que j’avais voulu intemporel.
Une révolte brute et éternelle. La vagues suivante était déjà née. La furie, la rage, la violence, montrait déjà son visage derrière le rictus d’Elvis.